mercredi 4 mai 2011

AVANT DE PREVENIR LE STRESS...

La prévention des risques psychosociaux est une activité complexe. Sans faire injure aux spécialistes des risques "traditionnels" en entreprise (risques incendie, chimique, électrique, etc...) les risques psychosociaux se caractérisent par une grande complexité. La première raison est que ces risques sont très souvent multi-factoriels. Les conditions de travail, l'organisation du travail, la culture de l'entreprise, l'historique des relations sociales, la démographie de l'entreprise, son secteur d'activité, sa santé financière et bien d'autres facteurs sont autant de déterminants possibles, sans compter que ces derniers varient d'une entreprise à l'autre. La prévention est également rendue difficile en raison des jeux de pouvoirs qui règnent dans les entreprises et qui rendent les interventions difficiles. Bien souvent, les différents acteurs (DG, DRH membres du CE, DP, managers, etc.) ont chacun leur agenda !
Malgré toutes ces difficultés, il m'apparaît aujourd'hui que la partie technique et opérationnelle de l'intervention de prévention des RPS est loin d'être la plus ardue. Car la difficulté première de la prévention du stress et des RPS ce n'est pas la prévention ! Les principales difficultés se trouvent en amont de l'intervention. Il s'agit d'une part de convaincre les décideurs d'investir dans la prévention et d'autre part de les aider à acquérir les connaissances élémentaires pour pouvoir se débarrasser des idées reçues qui gèlent ou entravent les processus. 
Les décideurs sont des pragmatiques qui ont besoin d'éléments factuels pour agir. Il faut donc leur proposer des analyses de coût, de ROI, des tableaux de bords, des indicateurs de suivi. Ceci n'est en rien irréalisable.
Le second problème semble plus délicat. Comment en effet briser le tabou du stress lorsque ce dernier est en partie entretenu par l'ignorance, certes involontaire, des gestionnaires ? Ce n'est pas le corpus théorique qui est en cause. Il existe et de nombreux chercheurs dans le monde entier ont démonté les mécanismes du stress. Le problème est que de nombreux décideurs, n'ont pas été sensibilisé et formé aux bases de la prévention. Cette méconnaissance favorise l'inaction et, ou la polémique quand chacun croit détenir la vérité et conteste celle de l'autre. Il faut donc faire de la vulgarisation scientifique pour mettre les gestionnaires en capacité d'engager des efforts de prévention nécessaires. La bonne nouvelle est que ceci est également tout à fait réalisable. 

mardi 22 mars 2011

LE BUG DE L'AN 2000 A BIEN EU LIEU !


Le passage informatique à l'an 2000, couramment appelé bug de l'an 2000, a en son temps suscité de nombreuses et vives inquiétudes. Ces dernières ce sont rapidement révélées injustifiées puisqu'aucun problème critique ne s'est produit. Aucun problème de nature informatique en tout cas. Car avec le recul, il me semble que bien au contraire le bug de l'an 2000 a bel et bien eu lieu et que son impact a été (et est toujours) d'une magnitude bien supérieure aux pires estimations. Ce qu'a révélé la peur par anticipation du bug de l'an 2000, ce n'est pas tant la robustesse de nos programmes informatiques que l'importance que représente désormais la technologie dans nos vies et notre relation de quasi dépendance avec elle. Le bug de l'an 2000 c'est l'attention accordée au bon fonctionnement de la machine et non à celui de l'Homme. Le bug de l'an 2000 c'est la détresse lorsque l'écran de l'ordinateur se fige de bleu, c'est la sonnerie du BlackBerry entre la poire et le fromage. Le bug de l'an 2000 c'est l'impatience devant tout ce qui dure plus longtemps que la durée d'envoi d'un email à l'autre bout du monde. Le bug de l'an 2000 c'est l'attirance démesurée vers le virtuel et la méconnaissance voir l'oubli du réel, du travail, des relations humaines. Le bug de l'an 2000 ce sont les amis nommés avatars et la correspondance par email avec le collègue voisin de 2 mètres dans l'open space. Le bug de l'an 2000 c'est notre incapacité à se déconnecter des choses, des projets, bref d'un monde extérieur dont l'omniprésence occulte notre réalité intérieure. Le bug de l'an 2000 c'est croire que l'horloge biologique peut s'accorder sur la pulsation frénétique de l'internet. Il explique nombre de nos maux actuels, le stress, le burnout, la perte de goût et de sens, la dépression. Le bug de l'an 2000 a bien eu lieu et il ne réside pas dans les ordinateurs.
Que faire alors ?
Puisque "sans maîtrise la puissance n'est rien" notre défi consiste sans doute non pas à faire marche arrière en renonçant à la technologie mais prendre du recul et dessiner avec elle un futur plus doux.
Peut-être pouvons-nous également nous inspirer des solutions (en les traduisant dans le contexte de l'Humain) ayant démontré leur efficacité pour résoudre la version informatique de ce bug :
"Le bug a nécessité dans bien des cas de revoir en profondeur l'architecture des systèmes d'information selon une approche systémique." (Wiki)

Note : sur le même sujet, voir également la tribune sur le "technostress"

samedi 5 mars 2011

PLAIDOYER POUR L'ENTREPRISE HERMETIQUE

Pour répondre aux effets combinés de la crise énergétique et de la crise écologique, la maison à faibles déperditions énergétiques, dite maison passive, est une option. Pour répondre aux défis d’une économie mondialisée confrontée à une crise persistante, l’entreprise hermétique se présente elle comme une solution. 

Fondamentalement, la faiblesse des maisons et des entreprises traditionnelles est la même, c’est celle de la déperdition d’énergie. Energie calorifique dans le premier cas, qui profite du moindre pont thermique pour s’échapper en pure perte dans l’atmosphère. Energie productive et créative des salariés dans le second. Pour l’entreprise orientée vers la performance, l’absentéisme et le désengagement sont de cruelles pertes d’énergie. Le bilan énergétique du cadre qui « s’occupe au travail » est sans doute comparable à celui d’une pièce dont la fenêtre est ouverte un matin d’hiver. Pour ne rien arranger au bilan de l’entreprise traditionnelle, non seulement l’énergie de ses salariés peut lui échapper, mais il arrive également que cette précieuse énergie soit employée à dessein contre elle. C’est ce qui arrive par exemple lorsque la résistance au changement conduit à l’immobilisme ou lorsque que l’énergie est utilisée dans des prises de positions contestataires qui peuvent alourdir le climat social et quelque fois dégrader l’atmosphère générale de travail. La question principale adressée aux décideurs et responsables d’encadrement en entreprise est donc : comment préserver l’énergie des salariés ? Avant d’investiguer les bases de la « thermodynamique du capital humain  en entreprise » observons d’abord que si la conséquence de ce problème est d’ordre financier, ce n’est pas le cas de sa cause (qui est donc d’ordre énergétique). Ce qui signifie que ce n’est donc pas en cherchant à faire des économies que le problème sera réglé !

Avantages et piliers de la maison passive :
- Conservation de la chaleur à long terme (sous réserve d'utilisation de matériaux d'isolation durables).
- Bien moins de problèmes d'humidité (sous réserve du bon entretien des équipements).
- Plus de confort grâce à un meilleur équilibre de la température et de l'humidité.
- Une meilleure qualité de l'air.
- Économiquement attrayant grâce à des frais de chauffage minimaux, mais il faut compter un certain temps pour rentabiliser le surcoût de départ avec le prix de l'énergie d'aujourd'hui.
- Écologique: protection des ressources, émission réduite de CO2.

Avantages et piliers de l’entreprise hermétique :
- Conservation et développement de l’enthousiasme, de la créativité et du talent des salariés à long terme (sous réserve d’utilisation de conditions de travail et de méthodes de management performantes).
- Bien moins de problèmes de dégradation du climat social.
- Une meilleur qualité de l’atmosphère au travail.
- Economiquement attrayant grâce à des coûts cachés minimaux (absentéisme, présentéisme, turnover, accidents du travail, dégradation de l’image de marque, vols, conflits juridiques, etc.), mais il faut compter un certain temps pour rentabiliser le surcoût de départ.
- Solidaire : protection des ressources publiques grâce à une émission réduite d’arrêts maladie et d’accidents du travail qui grèvent les comptes des caisses d’assurance maladie.

Le projet de l’entreprise hermétique est donc celui de protéger et de développer l’énergie productive et créative des salariés. Ses règles de construction sont connues. Il s’agit de donner de l’autonomie aux salariés, de (mieux) communiquer, de réduire les injustices, d’exprimer de la reconnaissance (matérielle et surtout immatérielle), de créer et soutenir les collectifs, de former les responsables d’encadrement, d’accompagner les changements, de créer et donner du sens, pour ne citer que les axes principaux d’amélioration des conditions de travail. L’entreprise hermétique sait également observer, mesurer le niveau d’énergie de son capital humain et en tirer les conséquences avant de payer la note.

Par rapport à une entreprise conventionnelle, une entreprise hermétique présente donc de nombreux avantages. Elle génère de grandes économies et perspectives de croissance et garantit une excellente ambiance de travail propice à la créativité et à la performance durables. 


Sur ce même thème voir également "Eléments de gestion du capital humain en entreprise"

vendredi 11 février 2011

LES DONNEES RH, UN GISEMENT INEXPLOITE POUR LA PREVENTION

Il est maintenant admis qu’il existe une dimension subjective dans le mécanisme de déclenchement du stress. Certains en ont conclu qu’il s’agissait d’une problématique individuelle, concernant l’individu et sa psyché. Dans cette perspective, mesurer le stress revient alors à évaluer les conséquences individuelles, ce qui est fort complexe, et prévenir le stress revient à accompagner les salariés, ce qui est tout aussi difficile. Il existe heureusement une autre voie. Elle naît de l’observation que lorsque de nombreux individus manifestent en même temps des symptômes semblables, la problématique individuelle devient une manifestation collective. Dans cette perspective, mesurer le stress au travail revient à évaluer les indicateurs collectifs et prévenir le stress revient à accompagner non plus les salariés mais les entreprises dans leurs démarches d’amélioration des conditions de travail (étant entendu qu'il est tout à fait possible d'entreprendre les deux en parallèle, prévention collective et accompagnements individuels). Cette théorie est séduisante, mais dans la réalité elle semble cependant avoir du mal à progresser. Une des raisons est certainement liée à l’inexistence des outils de mesure RH concernant ces risques psychosociaux. En effet, dans de nombreuses entreprises, les données RH sont (trop) souvent sous-exploitées. Elles recèlent pourtant des « gisements d'intelligence » pour comprendre, analyser et prévenir les risques sociaux. Par exemple, rares sont les organisations capables d’objectiver et de donner du sens à l'absentéisme. Pourtant, en appliquant des méthodologies d'analyse statistique, on parvient à chiffrer le coût du phénomène (calculer le coût du stress ou de l'absentéisme est toujours utile pour convaincre les décideurs d'investir dans la prévention), à le cartographier et à émettre des hypothèses quant à ses origines.
Les problèmes de souffrance au travail ou de stress ont beau être pleinement d'actualité, force est de constater que des outils très rudimentaires sont encore utilisés pour les détecter et les analyser. Ceci alors que les outils permettant par exemple d'analyser les cours de bourse ont atteint une sophistication extrême. Etant donné les enjeux sociaux, sanitaires et économiques, pour les salariés, les entreprises et les dépenses publiques on se trouve ici face à un paradoxe insupportable.
Si la mesure quantitative ne résout pas tout, elle permet d’avancer sérieusement et rapidement dans le diagnostic en donnant de précieux éléments pour préparer et compléter l'analyse qualitative. Pour commencer enfin à comprendre et prévenir les maux dont souffrent les salariés et les entreprises.


Tableau de bord de prévention des risques financiers


Tableau de bord de prévention des risques sociaux

lundi 7 février 2011

LE STRESS ET LA THEORIE DES HUMEURS

 A postériori, certaines théories anciennes prêtent à sourire tant elle apparaissent désormais dépassées. Au Moyen Age par exemple, se développe la théorie des humeurs selon laquelle l'immersion du corps dans l'eau est perçue comme un facteur de déséquilibre pour la santé. La dilatation des pores de la peau affaiblirait le corps et permettrait l'infiltration des maladies.
 La crasse devient un facteur de conservation, elle protège.
 Par une curieuse ironie, une version post moderne de la théorie des humeurs sévit actuellement dans le monde du travail. Le stress serait dû aux humeurs des salariés, à leurs caractéristiques individuelles. Cette théorie est associée à une autre idée, tout aussi douteuse selon laquelle il existerait un bon stress. Le stress serait un facteur de performance, il stimule. Gageons que ces théories amuserons nos petits-enfants lorsque la conscience collective aura suffisamment muri pour qu’il soit admis par le plus grand nombre que les chemins de la performance économique et sociale convergent. « Dis moi grand-père, est-ce vrai que quand tu travaillais, le stress était vraiment vu comme un moyen d’améliorer les performances ? » En attendant ce futur idéal, la science nous permet dès à présent de prendre de la hauteur par rapport à ces doctrines. Elle nous indique tout d’abord que le stress est un processus d’adaptation aux évènements perçus comme menaçant nos besoins fondamentaux. Il résulte donc d’une interaction entre un stimulus externe et la perception de cet événement par la personne concernée. Mais puisque la problématique concerne désormais de nombreux individus qui manifestent en même temps des symptômes semblables, la problématique devient collective. C’est donc du côté des stimuli où qu’ils soient, dans l’entreprise ou ailleurs, et quels qu'ils soient, et non plus du côté des « humeurs » qu’il faut chercher. Par ailleurs la science nous apprend également que les agents chroniques de stress ont très souvent des effets délétères surtout quand ils sont subis, ce qui est généralement le cas en entreprise.