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lundi 7 novembre 2011

LA PREVENTION DU STRESS NE SUFFIT PAS

Ceci est difficile à admettre pour un consultant mais il me semble honnête de préciser ma conviction que la prévention du stress ne suffit pas et ne suffira jamais. Non pas bien sûr qu'elle soit inutile, mais elle ne peut, par construction, répondre à l'objectif d'éradiquer le stress et les risques psychosociaux au travail. Pourquoi ? Parce que les principales causes du stress trouvent leurs origines en dehors de l'entreprise. Pour s'en convaincre il faut démonter pièce par pièce la mécanique du stress.
Partons d'une des définitions : le stress est un trouble de l'adaptation aux événements chroniques qui sont perçus comme menaçant nos besoins fondamentaux.
Le processus met donc en relation un individu (et sa subjectivité) et l'événement perçu comme menaçant ses besoins. Cette représentation offre deux perspectives dans le cadre du stress au travail : d'une part accompagner les salariés dans leurs ressentis ou / et leurs représentations et d'autre part réduire la probabilité d'apparition des agents de stress dans l'entreprise. La première de ces perspectives de prévention est l'affaire des thérapeutes, la seconde, celle des préventeurs. Si l'action de ces derniers doit être prioritaire pour la simple raison qu'il vaut mieux prévenir que guérir, ces deux modes d'action peuvent se compléter en fonction de l'urgence de la situation. La logique voudrait que l'on pousse l'analyse plus loin encore en se demandant ce qui cause l'émergence d'agents de stress dans l'entreprise. Autrement dit pourquoi l'entreprise génère t-elle des agents de stress envers ses salariés ? Il y a plusieurs réponses à cette question, mais la plus importante à mon sens est, l'entreprise génère des agents de stress parce qu'elle est emprisonnée dans un écosystème dont les règles et modes de fonctionnements sont d'une violence inouïe. Ainsi les salariés sont stressés parce que l'écosystème des affaires (économie et technologie principalement) génère un niveau d'incertitude que l'entreprise ne peut totalement absorber. Ainsi, sur le long terme, la prévention au niveau de l'entreprise offre des perspectives limitées si en amont le système continue à créer de l'incertitude (étant bien entendu que ces perspectives limitées valent mieux que rien). Pour résoudre le problème il faudrait monter un cran plus haut et changer les règles du système économique mondial.
Conséquences :
- L'entreprise et les managers ne portent pas toute la responsabilité des RPS
- Ultimement, c'est au niveau macroéconomique que se joue la prévention durable des RPS
- Dans l'attente d'une solution en amont, les deux leviers restants sont dans l'ordre, 1- l'organisation / les conditions de travail, 2- l'accompagnement des salariés.

Sur le même thème voir "RPS : Pour la prévention hors catégorie"

mercredi 21 septembre 2011

STRESS TESTS ET REGLE D'OR

Stress tests par ici, règle d'or par là. Que de polémiques concernant ces deux sujets cet été !  A charge de chacun sans doute de constater que toutes ces considérations macro-économiques sont décidément bien obscures.
Fort heureusement, dans la vraie vie, celle des salariés qui se lèvent tous les matins pour aller au travail, les choses sont bien plus simples :
 - la règle d'or est que les salariés veulent produire un travail de qualité. Quand la qualité est impossible ou empêchée la souffrance apparaît[1]. Quand la qualité est encouragée intelligemment, l'enthousiasme est libéré. Le problème c'est que cette règle est souvent contrariée par un autre adage moderne : "la règle d'or au travail, c'est que celui qui a l'or fait la règle"...
- les stress tests ne devraient pas uniquement tester la résistance des banques et des centrales nucléaires mais également celle des entreprises. Tester la résistance des entreprises à des scénario d'épuisement et de désengagement du capital humain serait certainement très instructif. Modéliser le comportement d'une centrale nucléaire dans un contexte de catastrophe naturelle représente certainement une mesure fondamentale de santé publique.  Mais modéliser l'impact du désengagement des salariés sur la performance des entreprises me semble tout aussi important. Cela permettrait de comprendre bien des phénomènes et de prévenir bien des catastrophes sociales et économiques. Car à l'instar des banques et des centrales, en présence de circonstances infortunes, il arrive également que les salariés et les entreprises s'affaissent et meurent. 

[1] Lire à ce sujet l’excellent ouvrage d’Yves Clot « Le travail à coeur », Ed. La Découverte

mardi 30 novembre 2010

LA BOITE A OUTIL DU PREVENTEUR (3) : IDENTIFIER LES CAUSES DU STRESS



Une série d'articles de vulgarisation pour aider celles et ceux qui gèrent le capital humain en entreprise à prévenir les conséquences du stress.

Partie III : identifier les causes du stress au travail

La réflexion concernant les causes du stress professionnel est importante à double titre. D'une part parce que la compréhension de ce qui stimule le déclenchement d'un processus peut généralement permettre d'éviter qu'il ne se reproduise. D'autre part parce que les disputes concernant les responsabilités associées à ces stimuli empêchent souvent les processus de prévention de ne serait-ce que débuter. C'est d'ailleurs ce qui se passe dans certaines entreprises où la difficulté n'est pas tellement de trouver des idées pour prévenir le stress, mais de mobiliser les acteurs vers la prévention alors que ces derniers sont bien trop occupés à se rejeter mutuellement la responsabilité des conséquences de stress observées. Prévenir le stress en entreprise c'est donc en premier lieu explorer la chaîne des causes qui génèrent la souffrance du capital humain. Le premier maillon de cette chaîne est désormais bien connu. Le stress est en effet un processus d'adaptation aux changements perçus comme menaçant nos besoins fondamentaux (besoin de sécurité, besoin d'identité, besoin de réalisation...). Deux pistes se dégagent de cette définition, d'une part les agents de stress qui menacent nos besoins et d'autre part l'évaluation de ces agents, processus complexe durant lequel l'individu perçoit, analyse (et éventuellement anticipe ou crée). La subjectivité individuelle est donc une des causes de stress en ce sens qu'elle est incontournable et centrale dans le processus. Mais si elle permet d'appréhender des cas isolés, cette cause individuelle ne permet pas d'expliquer la dimension collective récente des manifestations de stress au travail. Puisque les conséquences du stress professionnel s'aggravent, c'est donc du côté des agents de stress qu'il faut poursuivre l'investigation. La question devient alors : qu'est-ce qui crée l'insécurité, l'incertitude, la perte de sens et la crise d'identité ? L'entreprise se présente comme un coupable désigné tant les sujets de tension en son sein semblent désormais nombreux et variés (voir tableau ci-dessus qui peut servir de grille d'analyse des causes du stress en entreprise) :




Mais dans une économie mondialisée l'entreprise ne décide pas tout, loin s'en faut, et les causes directes ou indirectes de certains agents de stress sont externes à l'entreprise. Par exemple, la pression sur la rentabilité à court terme (qui peut être imposée par des investisseurs externes et rendue possible par des règles structurelles définies dans les sphères politiques) peut orienter les politiques salariales et les stratégies opérationnelles. Ces dernières peuvent avoir pour conséquence l'apparition de causes de stress telles que mentionnées ci-dessus.
L'analyse des causes du stress requiert donc une étude au cas par cas des liaisons et des influences reliant trois éléments placés en cascade. La mondialisation et ses règles commerciales stimulent l'entreprise et son organisation du travail qui stimulent à leur tour l'être humain et sa subjectivité. Dans cet écosystème marqué par de fortes interdépendances, toutes les combinaisons sont possibles ce qui explique que le cas de chaque entreprise soit différent. Les contraintes extérieures exercées sur les entreprises peuvent être fortes, modérées ou nulles. L'entreprise peut pour sa part amortir ces contraintes ou au contraire les amplifier ou même en ajouter de nouvelles. Les individus, "en bout de chaîne", peuvent subir ou gérer ces agents de stress.
L'enchevêtrement quasi inévitable de ces éléments (dont certains sont donc extérieurs à l'entreprise) offre dans certains cas la perspective heureuse des tords partagés permettant de dépasser les querelles de principe et de travailler collectivement au sein de l'entreprise sur un projet de performance économique et sociale.

Partie II : repérer le stress
Partie IV : prévenir le stress

dimanche 7 novembre 2010

QUELLE DATE POUR L'ARMISTICE DE LA GUERRE ECONOMIQUE ?


Le 11 Novembre, jour de commémoration de l'armistice de 1918, est également le jour durant lequel les décideurs de ce monde se rencontreront en Corée du Sud pour un nouveau G20. Quel rapport peut-il exister entre les deux événements ? Peut-être cette question : quelle date pour l'armistice de la guerre économique mondiale ?
Autant que tout autre problème de société (par exemple le dérèglement climatique), la souffrance au travail illustre l'urgence d'un consensus relatif à la pacification des règles commerciales. Car la souffrance au travail n'a pas pour causes exclusives des salariés supposés trop fragiles ou des managers catalogués comme spécialistes ès harcèlement. N'en déplaise aux préventeurs qui qualifient volontiers de prévention primaire les interventions sur l'organisation et les conditions de travail en entreprise, la vraie prévention primaire serait de repenser un modèle économique qui a largement montré ses limites. Les règles structurelles de l'économie (concurrence débridée y compris celle exercée par des pays aux pratiques sociales moyenâgeuses, emprise de la finance d'investissement) contraignent ainsi de nombreux dirigeants à une gestion court termiste qui n'est pas sans conséquence pour le capital humain. Et si la gestion et prévention ont leur utilité, pour résoudre durablement l'épidémie du stress et de la souffrance au travail en entreprise, il faut commencer par revoir les règles qui régissent l'écosystème dans lequel ces entreprises évoluent.
Un traité de "paix économique" est donc désormais urgent. Quand sera t-il signé ?

lundi 27 septembre 2010

CONDUITE DU CHANGEMENT OU CHANGEMENT DE CONDUITE ?

Soudainement le temps s’est accéléré, distordu. Une accélération si rapide et tellement euphorisante qu’elle a séduit jusqu’aux gardiens du sacro saint principe de précaution. Alors qu’il fallait plusieurs mois au début du XXème siècle pour traverser l’océan et négocier un contrat à New York, une demi seconde suffit désormais pour envoyer une proposition commerciale de Paris à Pékin. Les limitations technologiques et les barrières commerciales sont tombées, la liberté est à portée de clavier, l’homme est un génie.

A posteriori, des faits divers choquants et des statistiques récurrentes nous proposent cependant une autre lecture de cette évolution. Suicides sur le lieu du travail, troubles de l’adaptation, épidémie de dépressions et épuisements professionnels se multiplient en France et ailleurs. Avez vous parlé de votre burnout à votre grand mère ?

"Dans un monde globalisé, il faut courir pour survivre."
Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie)

Courir pour survivre, est-ce là notre destin ? Courir dans la réalité du monde du travail, signifie faire plus avec moins, évoluer et s’adapter continuellement au changement. Mais vitesse accrue signifie également vigilance décuplée et prise de risque majorée, demandez aux pilotes.
Ainsi le nouveau crédo du dirigeant et manager est désormais la conduite du changement. Les collaborateurs doivent s’adapter (vitesse, précision et enthousiasme exigés s’il vous plait) aux changements de stratégie des concurrents, à la volatilité des fournisseurs, aux nouvelles règles réglementaires, aux évolutions technologiques. Mais comment lutter contre la résistance au changement quand cette dernière est causée par notre épuisement ? Comment s’adapter alors que la résistance est chez les êtres humains une réponse naturelle à l’incertitude par ailleurs désormais généralisée? C’est notre être tout entier et ses mécanismes de défense innés qui semblent désormais refuser la course infernale.
Ivres de ce progrès qui flatte nos sens et  satisfait notre désir de possession, nous avons oublié de nous poser une question : pendant combien de temps pouvons-nous encore « courir » ? Plus très longtemps sans doute, puisque l’adaptation au changement a ses limites, celles de notre corps. Non pas que ce dernier ne sache s’adapter, mais l’évolution s’observe à l’échelle de siècles et non à la cadence survoltée de l’internet.
Quelle autre voie alors? La réponse semble simple, si simple. Observons combien cette notion d’adaptation au changement relève de la pure schizophrénie, puisque c’est l’esprit de l’homme qui est à l’origine de ces changements qui sollicitent tant nos capacités d’adaptation. Nous souffrons de ne plus pouvoir nous adapter aux changements que nous avons nous mêmes désirés, imaginés, conçus. 
Au rythme où vont les choses il est plus que probable que la conduite du changement doive avant tout passer par le changement de notre conduite.

vendredi 17 septembre 2010

LE STRESS ET LA MONDIALISATION

Deux ans après la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers, je rencontre de jeunes traders qui me parlent de l'atmosphère qui règne dans les salles de marchés. J'apprends que ce qui les attire avant tout est ... le stress qu'ils y trouvent ! Plus que l'argent, c'est la tension, l'intensité et l'exaltation d'une supposée maîtrise sur la course du monde qui les stimule. Dans les salles de marché, urgence et importance des enjeux se marient dans un bain d'adrénaline et de testostérone favorisant un sentiment de puissance euphorisante.
Tout ceci serait fort convenable s'il s'agissait de billets de Monopoly ou d'initiatives personnelles et indépendantes. Mais cette indépendance est devenue un mythe, puisque la mondialisation a justement pour caractéristique de (tous) nous relier. L'argent qui circule dans une salle de marché est par exemple constitué en partie par les retraites des uns et le résultat du travail des autres.
Ainsi, par une triste ironie, la recherche impulsive du stress chez quelques uns, participe aux conditions favorisant l'apparition du stress chez de nombreux autres.
Le libre échange mondial, qui ouvre des droits nouveaux pour les différents acteurs (le droit d'exprimer librement sa différence, sa créativité et de s'épanouir sur le grand marché), devrait également être encadré par des devoirs. Le premier d'entre eux pourrait-être le devoir d'estimer et d'anticiper les conséquences de ses actes. Comment prétendre agir sur un marché global sans apprendre à penser globalement ?
"Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mis dans les mains d’un psychopathe" - Albert Einstein